Rencontre rapprochée du 3e type : analyse du témoignage de Mme J.P. (partie 1)

Dans les billets qui suivront, je souhaite explorer un peu plus en détail le témoignage de Mme J.P.. tout en essayant de formuler différentes hypothèses explicatives. À ce stade-ci, considérons ces hypothèses comme une tentative d’en dégager différentes clés de lecture d’un événement comptant parmi les plus étranges de la vague ovni de Joliette de 1973. Pour ce faire, j’adopterai un scepticisme d’ouverture qui tentera de cerner  les faits présentés.

Avant de nous plonger dans le récit extraordinaire de Mme J.P., rappelons tout d’abord les circonstances entourant l’obtention de son témoignage.

L’obtention du témoignage

Les 21 et 22 novembre 1973, parurent dans les journaux nationaux (La Presse et le Journal de Montréal) deux articles au sujet de la vague ovni de Joliette.  Dans ces articles, ne furent mentionnés que les apparitions d’objets lumineux dont furent témoins des citoyens de Joliette. L’ufologue et directeur provincial du MUFON, M. Wido Hoville se rendit à Joliette le 26 novembre dans le but d’enquêter sur cette vague.  C’est le directeur de l’information de la station CJLM, M. Godreau qui vint l’accueillir à l’entrée de la ville et le mit sur la piste de de l’observation faite par Mme J. P. d’un étrange humanoïde. Le soir même, ils iront chez la dame afin de consigner son témoignage. C’est donc dans un délai relativement court que l’enquêteur ira rencontrer le témoin (observation faite le 22 novembre et cueillette du témoignage faite le 26 novembre).

Le témoignage de Mme J. P.

Sans plus attendre, voici l’extrait en entier du témoignage de Mme J.P. tiré du vol. 1 no 2 de la revue UFO-Québec, édition mai-juillet 1975 :

« Dans la nuit du 21 au 22 novembre je ne trouvais pas le sommeil et après quelques heures, étant toujours éveillée, je me suis finalement levée pour aller dans la cuisine et allumer une cigarette.

Je n’ai pas allumé la lumière de la cuisine car le lampadaire qui éclaire la rue où nous habitons donne assez de clarté pour voir dans cette pièce. Je me tenais près du réfrigérateur, qui est à l’opposé de la fenêtre qui donne sur la cour, quand, tout à coup, mon regard fut attiré vers cette fenêtre par une lueur étrange qui semblait venir du dehors. Je me suis approchée de la fenêtre et j’ai pu constater qu’à une distance de moins de quatre pieds (1 mètre) se trouvait une « forme » ou une « chose » qui avait la forme humaine mais qui toutefois ressemblait plutôt à un enfant par la taille car elle mesurait à peu près quatre pieds de haut.

Cette « chose » avait une tête ronde qui était entourée d’une sorte de casque qui brillait. Tout autour il y avait comme des flammes avec un halo. Dans le rond de la tête se trouvaient deux yeux ronds à peu près trois fois la grosseur de nos yeux. Ces yeux brillaient d’une couleur phosphorescente. Je n’ai vu ni bouche ni nez. Au cou il y avait comme des lacets et les épaules partaient de la tête avec un angle de 45° vers le bas. Je n’ai pas vu ses pieds. Je dois dire que je n’avais aucune peur en voyant la chose et je me sentais même attirée vers elle car c’était beau à voir. À ma connaissance l’observation dura 15 à 20 secondes. Et quand la chose disparut subitement je me suis rendu compte que quelque chose de très étrange venait de m’arriver. C’est alors seulement que j’ai couru dans la chambre voisine pour réveiller mon mari.

M.P… se leva et sortit pour regarder mais il ne vit rien. Il a cependant remarqué que le chien du voisin, d’habitude très féroce, était couché par terre dans la cour, complètement apeuré. M.P… n’est pas allé voir ce qui se passait derrière la maison car il n’y avait pas de lumière.

La nuit qui a suivi l’incident les P… se sont aperçu que leur chat avait un comportement étrange à l’intérieur de la maison. Il refusait de sortir, courait d’un bout à l’autre de l’appartement avec de fréquents arrêts à la fenêtre où la « créature » avait été observée. »

Qui sont les témoins ?

Avant même d’aborder le contenu du témoignage, il importe généralement de s’attarder aux témoins. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Quelles sont leurs croyances? Avaient-ils une opinion sur ce que sont les ovnis ? (j’exclus ici la possible suggestibilité des témoins par l’enquêteur Hoville car cela sera abordé dans un prochain billet)

Hélas, à ces questions, nous ne pouvons guère répondre par manque d’information. Mais l’article de Hoville nous permet toutefois de dégager les éléments suivants :

  • que les témoins désiraient garder l’anonymat;
  • qu’ils étaient mal à l’aise de raconter leur témoignage.

Dans son rapport d’enquête, M. Hoville l’évoque ainsi :

Les P… nous ont accueilli très gentiment mais au début de la conversation j’ai pu sentir une certaine gêne : raconter des faits aussi étranges à des étrangers demande un certain courage.

-Wido Hoville

Ces deux éléments tendent à démontrer la sincérité et l’équilibre des témoins. Ils ne cherchaient pas à tirer profit de leur témoignage par leur souhait à garder l’anonymat et leur réticence à témoigner tend à prouver leur sincérité. Donc sans preuve du contraire, je considérerai leur témoignage comme fait de bonne foi. Rien n’exclut une mauvaise plaisanterie (cela ne peut jamais être totalement écarté), mais jusqu’à présent, je n’ai relevé aucun indice à cet effet. C’est donc sur la seule base de leur témoignage que j’examinerai les diverses hypothèses.

Analyse des méprises 

Qu’un témoignage soit fait de bonne foi est une chose, mais que l’événement réel à l’origine de l’interprétation de Mme J.P. puisse être une méprise ne doit pas pour autant être exclu.

Attardons-nous tout d’abord au coeur de l’observation de Mme J.P. Que pouvait être la « forme » ou la « chose » qu’elle a vu ?

Pourrait-il s’agit d’une chouette? 

C’est l’une des hypothèses qu’avait formulé Renaud Leclet dans un document rédigé pour le Comité Nord-Est des Groupes Ufologiques (CNEGU).

Quels sont les arguments de Leclet pour en arriver à une telle conclusion ? En fait, elle tient essentiellement à un élément qui l’a mis sur cette piste : la comparaison de l’ufologue Wido Hoville entre l’observation de Mme J.P. et le monstre de Flatwoods. En effet, Hoville lui-même avait fait cette comparaison dans UFO-Québec en 1975. Or le cas du monstre de Flatwoods a très tôt reçu comme hypothèse d’explication une méprise avec une chouette effraie de la part de l’A.T.I.C (Air Technical Intelligence Center). 

Mais est-ce crédible de l’envisager ?

Évaluons le pour et le contre de cette hypothèse en reprenant les éléments de la description du témoin.

Le pour

Ce qu’a rapporté le témoinMon commentaire
Et quand la chose disparut subitement… Pourrait-il s’agir de l’envol de la chouette ?
… tête ronde … au cou il y avait comme des lacets et les épaules partaient de la tête avec un angle de 45° vers le bas. « La grosse tête se caractérise par la présence d’un disque facial blanc argenté cerné de brun en forme de cœur, contrastant fortement avec les yeux noirs. » Source.
… casque qui brillait… « L’effraie ou Dame-Blanche, dont le plumage est blanc immaculé, parfois phosphorescent à cause des moisissures qui peuvent l’imprégner ». Source
Ces yeux brillaient d’une couleur phosphorescente… Pourrait-il s’agir de la rétine réflectrice de l’oiseau ? Rappelons que le lampadaire extérieur donnait assez de clarté pour voir l’intérieur de la pièce où se trouvait le témoin.
… deux yeux ronds à peu près trois fois la grosseur de nos yeux… « Les yeux des chouettes et hiboux sont très grands proportionnellement à leur taille. Ils ont environ la même taille que ceux d’un homme. » Source.
…ni bouche ni nez… Comme ils se confondent avec son bec, peut donner l’impression que la chouette n’a ni nez ni bouche.
…je n’ai pas vu ses pieds. Bien que la chouette dispose de pattes, possible que le témoin ne les a simplement pas remarquées.

Le contre

Ce qu’a rapporté le témoinMon commentaire
…tout autour il y avait comme des flammes avec un halo… Décrit de la sorte, difficile d’imaginer comment une chouette pourrait coller avec la description du témoin.
Mesurait à peu près quatre pieds de haut… Comme le témoin était à près d’un mètre (3 pieds) de la « chose » il est difficile de présumer que le témoin a exagéré la taille. Or la taille d’une chouette, même parmi les plus grandes, peut mesurer tout au plus 83 cm, soit moins de 3 pieds de haut.
…avait la forme humaine mais qui toutefois ressemblait plutôt à un enfant par la taille… Il est donc ici question à la fois de la taille, mais également de la forme générale qui laissait plutôt penser à un enfant qu’à un animal.

Autre question importante avant de conclure : pouvait-on trouver des chouettes de ce type dans la région ?

Bien que très rare, la chouette de type « effraie » peut être vue au sud du Québec mais elle aura souvent migré à l’automne. Sinon il peut aussi s’agir de la chouette lapone, c’est d’ailleurs la plus grande chouette d’Amérique du Nord mesurant entre 60 à 83 cm de long.

Conclusion : méprise par une chouette ?

Difficile à ce stade-ci d’être entièrement convaincu par l’hypothèse de la chouette même si plusieurs éléments quant à la ressemblance physique pourraient permettre d’y adhérer. Selon moi, le principal argument en défaveur de l’hypothèse reste l’évaluation de la taille par le témoin. Une chouette n’a pas la taille d’un enfant. Une chouette, bien qu’elle soit dans la catégorie des grands oiseaux, reste un oiseau.

Mais la perception du témoin aurait-elle pu être trompée au point d’ajouter 30 centimètres à la « chose » perçue à un mètre de distance ? Pour essayer de m’en convaincre, je ferme les yeux, tente de me remettre dans le contexte de l’époque considérant toute la frénésie autour des histoires d’ovnis de la Domtar de cette période et j’avoue que le doute subsiste. Je peine à croire à une méprise avec une chouette vue de si près…

Auteur : Jonathan

Jonathan Laporte est originaire de la région de Lanaudière. Il s'intéresse tout particulièrement à l'histoire locale, aux parasciences et aux anomalies scientifiques. En savoir plus.

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